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Daigle, Sr Jeannelle

Profondément marquée par son parcours de formatrice

C’est avec confiance et enthousiasme que Sr Jeannelle Daigle a entrepris en début d’année une nouvelle expérience de formation des novices du Congo. Au lieu de se rendre sur place sur une base permanente ou ponctuelle, elle adopte désormais le mode virtuel. « J’ai toujours maintenu des liens avec la responsable des novices en République démocratique du Congo et plusieurs sœurs », raconte Sr Jeannelle qui souligne que le volet formation initiale a une grande importance dans sa vie.

« Mon travail comme formatrice a modifié profondément ma vie. J’admire les novices, leur foi, leur écoute de la Parole de Dieu, leur désir de transformation, leur amour de la Sagesse. Cela me nourrit, ça me dynamise », confie-t-elle. Pourtant, rien ne la prédestinait au départ à assumer ce rôle. Entrée chez les Filles de la Sagesse en 1966, Sr Jeannelle a d’abord enseigné à des enfants en maternelle et en difficultés d’apprentissage pendant une douzaine d’années.

À la suite d’un sondage auprès des religieuses signalant les besoins en formation, Sr Jeannelle s’engage en formation initiale. Elle suit une formation en ce sens et s’investit au Canada. Compte tenu de la pénurie de vocations au pays, elle est approchée pour un service ponctuel de six mois au Congo. Au terme de son mandat, un discernement s’impose. Elle est consciente des besoins sur place; les sœurs là-bas la réclament pour une mission à long terme. Elle y retourne en 1988 pour y vivre en permanence jusqu’en 1997.

Le langage du cœur

Sr Jeannelle au milieu d’un groupe de novices au Congo voilà plusieurs années.

Comme les novices doivent apprendre le français, Sr Jeannelle n’a pas la chance de maîtriser la langue d’usage au Congo, mis à part quelques expressions usuelles. C’est une lacune qui la peine parce que cela restreint la possibilité de tisser des liens plus étroits avec les personnes qui vivent dans la région. Peut-être pour la rassurer, quelqu’un lui rappelle que « les gens comprennent le langage du cœur ». Une phrase qui a une résonnance bien particulière pour Sr Jeannelle. En effet, tout au cours de son expérience dans ce pays, des jeunes et des moins jeunes lui témoignent leur attachement de multiples façons comme cet enfant qui la suit partout ou cette personne âgée qui l’accueille avec le sourire.

Cette habileté à entrer en relation avec le cœur rejoint aussi les novices de la communauté au noviciat international francophone de Clamart en France. « Je veux être une religieuse comme toi », exprime l’une d’entre elles, sensible à l’approche ouverte de sa formatrice. « Mon rôle est d’être une grande sœur pour elles. Je mise sur la simplicité de la relation avec chacune d’entre elles, sur un accueil inconditionnel, une écoute attentive et une disponibilité de tous les instants », mentionne Sr Jeannelle. Ces liens tissés serrés l’amènent parfois à jouer le rôle de confidente pour certaines d’entre elles.

La formation de novice des Filles de la Sagesse s’étend sur deux ans. La première année est de nature canonique, plus structurée et axée sur l’initiation à la vie religieuse. La seconde laisse place à un stage de cinq à six mois dans une communauté pour prendre le pouls de la réalité quotidienne et s’intégrer dans un projet au service de la mission.

Consciente des exigences de toute cette période, Sr Jeannelle a introduit dans son programme une séance hebdomadaire de bricolage. « C’est un moment précieux qui sert à la fois de soupape et d’exploration intérieure. Cela les amène souvent à sortir de leur zone de confort, à explorer d’autres choses, à essayer tout simplement. Je me réjouis quand elles s’émerveillent et sont fières d’elles-mêmes après avoir réussi quelque chose dont elles se croyaient incapables. Je suis tellement fière d’elles en regardant leur progression et ce que cela a consolidé en elles. »

Sr Jeannelle au milieu d’un groupe de novices à Clamart, en France.

Un parcours enrichissant

Sa vocation de « formatrice » n’a pas été un long fleuve tranquille. Au-delà du choc de culture à son arrivée au Congo, il y a eu à gérer le stress d’un rapatriement urgent lors des rébellions en 1997. « Avec toutes les rumeurs sur les viols et les sévices commis durant cette période, nous avons suivi le conseil de l’évêque et quitté le pays », se souvient Sr Jeannelle. Avec l’accord de la supérieure générale, elle participe aux préparatifs pour amener les novices à Rome.

Petite célébration avec des novices au Congo.

De retour au Canada en 1998, Sr Jeannelle prend un temps de ressourcement à Saint-Élie-d’Orford  avant de revenir à la communauté de Kent à Montréal. Elle répond à des demandes ponctuelles du Congo sans y séjourner à temps plein. C’est ainsi qu’elle a continué à préparer quelques sœurs à leur profession. Puis en 2013, le Noviciat international des FDLS, basé en France, lui demande sa collaboration. De 2013 à 2018, elle passe cinq à six mois par année à Clamart pour aider à la formation des novices provenant du Congo, de Madagascar, d’Haïti, de l’Argentine et des États-Unis (Haïtienne) et de France.

Puis en 2018, on lui demande de résider sur place. Le mandat de deux ans s’étendra à quatre ans, pandémie oblige. Ce n’est pas Sr Jeannelle qui s’en plaint, bien au contraire. Malgré les difficultés inhérentes aux divers contextes, elle affirme « cette expérience très enrichissante m’a profondément marquée. » C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles elle reste ouverte à toute demande pour aider d’autres novices.

Lors de la cérémonie finale « La Sagesse dresse la tente » à Clamart.

Valoriser les personnes…

Cette feuille de route l’a amenée à prendre conscience de plusieurs choses. « Ce n’est pas parce que c’est fait différemment que ce n’est pas beau, que ce n’est pas bien. Il y a vraiment plusieurs façons de bien faire. Moi, je trouve que c’est une sagesse. »

Interrogée sur les leçons qu’elle tire de tout son parcours, elle avoue toujours aspirer à « valoriser les personnes dans ce qu’elles sont. » Elle précise « dans chaque personne, il y a quelque chose de beau, il y a quelque chose de grand, il y a quelque chose de Dieu, il y a quelque chose à découvrir. Il faut surtout permettre à chaque personne de le découvrir et d’en faire l’expérience. C’est souvent à travers des contacts, des sourires, des services rendus et un accueil. »

Qu’elle donne la formation sur la spiritualité Sagesse ou la consécration à Jésus par Marie ou encore qu’elle participe aux partages d’Évangile dans sa communauté, l’amour inconditionnel est sans doute une orientation de vie qu’elle désire actualiser dans son quotidien.