EN LA SAISON PASCALE 2017


Pour nous chrétien-nes, la saison pascale est du «4-saisons», n'est-ce pas ? Par respect de nos limites humaines, pour nous aider, l'Église nous propose de vivre intensément certains aspects de notre foi à des moments déterminés. Pâques et sa saison souhaitent raviver notre foi en la résurrection et ses conséquences sur notre vie quotidienne ...

Il n'y a rien, d'ailleurs, comme un événement de la vie concrète pour nous éveiller au sens profond de cette vie. Raconté par le personnage principal, l'événement qui suit devient un éveilleur de sens profond ...
 

"Ce que j'ai vécu rend les impératifs
de la vie chrétienne plus présents"

Nicolas Mazellier, rescapé du séisme d'Haïti, auteur de « Pourquoi ? Au cœur des ruines de l'hôtel Montana, à Port-au-Prince, le 12 janvier 2010, Anne Sigier.»


Le 12 janvier 2010, j'arrive à Haïti pour une mission de l'École nationale d'administration du Québec, auprès de laquelle je suis « administrateur invité ». J'entre dans la chambre de mon hôtel à Port-au-Prince. Soudain, tout s'effondre. Je revois le verre de la vitre éclatée, comme suspendu en l'air, puisque le sol lui-même tombe. Je me dis que je vais mourir là. Cinq étages s'effondrent. J'ai le sentiment de n'être rien.

Mais quelque chose a fait que je suis exactement là où il faut pour survivre. Ma tête repose sur des rideaux coincés, mon dos est dans le même axe. Mes hanches et mes jambes sont écrasées. J'ai mal. Je ne sens plus mes pieds. Je parviens à dégager mes jambes. Je me dis que tout va se terminer ici, sous les ruines de l'hôtel, loin de ceux que j'aime, seul.

Un grand calme a suivi immédiatement l'effondrement. Puis une plainte informe est montée, de plus en plus distincte. J'ai entendu les pleurs d'une femme, proche. Puis j'ai eu l'impression d'entendre des milliers de personnes crier ensemble. Un cri sourd, presque silencieux. Et tous ces cris ont fait place au silence. La mort s'est installée au cœur des ruines, elle en a pris possession. Moi, j'étais encore en vie. Pourquoi ? J'ai crié, j'ai appelé à l'aide moi aussi. J'ai attendu en vain une réponse.

L'angoisse de l'attente a duré dix-sept heures. Tout à coup j'entends des gens marcher autour de moi. Quelqu'un appelle une femme. J'appelle. J'entends : "On arrive", en anglais. "Quel est ton nom ?" "Je suis Nicolas". Et il m'appelle par mon nom. En me renommant, mon sauveteur m'a ramené à la vie. A mains nues on a gratté, déblayé derrière moi. Et je suis enfin sorti à la lumière.

Ce jour-là, j'ai compris que la vie, ce n'est pas seulement quand on est debout. Ceux qui ont perdu la mémoire, ceux qui attendent la mort seuls, ceux qui crient parce qu'ils n'ont plus de mots, ceux-là aussi sont des vivants. Au plus profond de l'angoisse, je sais que j'étais digne.

Aujourd'hui, je suis serein, en paix. Je suis davantage porté à prendre les choses comme elles sont, à me prendre comme je suis, avec l'intime conscience de mes limites. Ce que j'ai vécu rend les impératifs de la vie chrétienne plus présents. Extrait de Panorama, mars 2011. Propos recueillis par C. Chaland. 


A - En silence, nous lisons l'article en essayant de nous mettre dans la peau du personnage principal ...
B - Nous partageons des premières impressions, réflexions ... sans en épuiser le sens ...
C - Ce texte me parle-t-il de RÉSURRECTION ?  Comment ?
D - «En me renommant, mon sauveteur m'a ramené à la vie. /.../ je suis enfin sorti à la lumière ...»
     Y aurait-il un événement dans mon histoire qui m'a fait vivre une semblable interpellation dans ma foi ?
     Après un temps de silence, je partage si je veux ...
E - Quels sont, d'après vous, ces «impératifs de la vie chrétienne» que  l'auteur évoque ?


Faisons quelques minutes de silence pour recueillir en nos coeurs
ce qui nous a touché-e-s pendant le partage ...

La vie éternelle est déjà en nous qui croyons en la résurrection du Seigneur Jésus ...
En cette période où nous nous questionnons autour du terrorisme qui se poursuit sur la planète,
autour de cette négation de la dignité de toute personne, 
nous sommes appelé-e-s toujours à vivre en ressuscité-e-s.

« Seigneur Jésus, Tu es sorti du tombeau,
Tu t'es relevé de la mort. Ni la haine, ni la souffrance, ni le mal n'ont pu t'anéantir.
Au-delà de la mort, le Père t'a tendu la main et la joie de Pâques rayonne sur ton visage.
Apprends-moi à vivre en ressuscité-e dès maintenant,
accroché-e à toi, le Vivant, 'maintenant et toujours' Amen !» 
(André Beauchamp)

 

Proposé par Lucille Deschênes, fdls

13/04/2017