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Au-delà du rite !

Fête du Corps et du Sang du Christ : Pourquoi le rite, le sacrement de l'eucharistie ?
Un commentaire par Marcel Domergue, jésuite.

Que ce soit dans la 1re lecture à propos de la manne et de l'eau du rocher, dans la Lettre de Paul ou dans le chapitre 6 de Jean, nulle part nous ne trouvons l'idée d'une « adoration du Saint Sacrement ». Le pain et le vin de l'Eucharistie ne sont pas là pour être regardés mais pour être partagés et consommés. Répétons-le, la présence de Dieu et du Christ est « présence réelle» en permanence et en toutes choses. Cette présence devient efficace, opérationnelle en nous quand nous acceptons de nous réunir, de faire un, en son nom (Matthieu 18,20).

C'est bien ce qui se passe quand nous faisons l'Eucharistie, mais comprenons que le « sacrement » signifie, appelle, soutient ce que nous avons à vivre en tout temps. Le « faites cela en mémoire de moi » ne concerne pas seulement un rite, mais la reproduction au fil de nos existences du don de lui-même que nous fait le Christ. Bien entendu, ce don de notre vie pour nos frères ne prend pas toujours la forme de la passion corporelle et sanglante, mais il passe toujours par la crucifixion de nos égoïsmes, de nos volontés de posséder et de dominer.

Une découverte à faire : la joie incomparable d'une vie nouvelle vient habiter ceux qui choisissent, sous quelque forme que ce soit, de reproduire l'attitude du Christ « donnant sa vie pour ses amis ». C'est bien pour cela que la forme rituelle de la mémoire de la Passion et de la Résurrection du Christ prend nom « Eucharistie», c'est-à-dire «action de grâce».

Mais alors, pourquoi le rite, le "sacrement" ?

De fait, la question se pose et cela explique que beaucoup de croyants désertent aujourd'hui nos Eucharisties. Quand une personne accepte de subir un détriment pour qu'une autre vive, le Christ est là, même s'il n'est pas nommé et même, à la limite, s'il n'est pas connu. Tel est bien le cas de la veuve de Marc 12,41-44 : elle a donné pour le Temple « tout ce qu'elle avait pour vivre ». Peut-être aurait-elle pu trouver meilleur destinataire, mais le Temple, il est vrai, est aussi une figure du Corps du Christ. Quoi qu'il en soit, la célébration du sacrement trouve beaucoup de raisons. D'abord ce que fait le Christ à la dernière Cène est déjà de caractère rituel : c'est à travers le partage du pain et du vin qu'il signifie le don de sa chair et de son sang qui va avoir lieu. Anticipation qui va rendre les disciples partie prenante des événements de la Pâque. Pour nous qui venons après, l'anticipation fait place à la réactualisation, mais par là nous serons, nous aussi, intégrés au don de sa vie que le Christ nous a fait. Le rite est langage, proclamation publique de ce que nous considérons comme primordial et que nous avons à faire savoir au monde ; lui aussi concerné, bien entendu. Mais il faut ajouter que le mépris de la consigne du Christ, du «faites cela en mémoire de moi» qui concerne aussi le rite, nous voue à l'oubli (contraire de la mémoire). Au bout d'un certain temps, la Pâque, l'Évangile, le Christ lui-même sont sortis de nos vies et de nos esprits.

"Je suis le pain de vie venu du ciel"

Il y a plus : la convergence des croyants pour célébrer le sacrement signifie leur unité mais aussi la produit. On se souvient que pour saint Augustin, le corps que met au monde le signe sacramentel (tout sacrement est « signe sensible ») est finalement ce corps que nous appelons Église. Cette efficacité du sacrement n'est pas magique : elle se fait par notre adhésion libre au don de lui-même que nous fait le Christ nous livrant sa vie. « Nous mangeons de ce pain-là. » Ce que fait Jésus à la Pâque devient notre Sagesse, notre « philosophie », notre raison de vivre. Et si nous nous rendons à la Messe, c'est parce que ce choix de l'amour ne vient pas de nous-mêmes : nous ne pouvons produire ce pain-là car il ne vient pas de la terre. Dans le langage biblique (1re lecture et évangile), on dit qu'il « vient du ciel », c'est-à-dire de cette présence inaccessible pour nos sens qui nous enveloppe, nous habite et nous fait exister. Cet autre du monde, de nous-mêmes et de tout ce que nous pouvons produire ouvre nos vies, nous arrache à nos servitudes, à nos solitudes, à nos enfermements en nous-mêmes. De la foi en cet « ailleurs » et en cet « autrement » naît l'espérance. Et nous voici déjà, ouverts que nous sommes, en mesure d'incarner l'amour qui nous fait être. Le pain et le vin que nous recevons nous permettent de devenir le pain que nous pouvons, à notre tour, donner. Ainsi le « pain du ciel » peut devenir pain de la terre.

Père Marcel Domergue, jésuite.

Source : Au-delà du rite

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