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UNE HISTOIRE DE RÉFUGIÉS...

Hélène LeMay, fdls

C’était en 1984. Une famine tragique envahissait les populations d’Éthiopie. Une équipe médicale s’organisa dans la région de Kingston pour se rendre dans un camp de réfugiés de ce pays. Sr Gisèle Lambert et son conseil m’autorisèrent à me joindre à ce groupe.

Nous nous sommes préparés pendant quelques mois, ramassant de l’argent, des équipements, des médicaments et tout ce qu’il fallait pour cette aventure humanitaire.

Le jour vint et le départ se fit de la base de Trenton dans un immense avion des forces de l’armée canadienne. L’équipe avait des sièges au fond de l’avion alors que tout le matériel se trouvait devant nous. Imaginez la vue de deux camions, bien qu’attachés, alors que l’avion s’élevait dans le ciel… s’il avait fallu que les câbles cèdent – c’en était fini de notre expédition.

Après de nombreuses rencontres avec des membres du gouvernement communiste d’Addis Abéba, nous fûmes autorisés à nous rendre dans le petit hameau de Bete, dans la région du Nord Shewa. À notre arrivée, des israélites finissaient de monter des tentes pour nous accueillir et les quelques milliers de personnes qui commencèrent à arriver presque immédiatement. 

C’était par camions pleins qu’ils nous parviendraient durant tous les jours qui suivraient – des camions qui ressemblent à nos camions de neige. Il fallait les aider à s’en extraire. Il y avait des gens de tout âge : des vieillards, des enfants, des adultes, surtout des femmes avec des bébés. Dès leur arrivée, il fallait leur donner de l’eau et un peu de nourriture. Une équipe d’administration faite d’éthiopiens s’occupait de les identifier en leur donnant une carte contenant les noms de chaque membre de la famille. Ensuite il fallait assurer une hygiène de base par précaution pour la vie commune qu’ils auraient à assumer dans les semaines et les mois qui suivraient.

L’équipe médicale s’était partagé les tâches. Je fus mise au dispensaire avec l’aide d’un interprète où je devais faire un triage avant d’envoyer les plus malades à notre « hôpital » où les médecins et d’autres infirmières attendaient.

Dès les premiers jours, je remarquai que les cartes d’identification n’avaient parfois qu’un seul nom et que, dans ces cas, il s’agissait d’enfants. Ce ne fut pas long que je pris conscience que ces enfants étaient orphelins ou, tout au moins, non accompagnés et qu’ils étaient l’objet d’abus de la part de tous les réfugiés – c’étaient eux qui étaient assignés à toutes les tâches de nettoyage que personne d’autre ne voulait accomplir (comme de vider les latrines à la main). Leur désespoir était évident quand ils se présentaient au dispensaire pour dire leur mal physique ou moral. Il y en avait 60, ne comptant que ceux qui étaient âgés de 5 à 15 ans. Pour lire la suite : télécharger le fichier PDF

Je m’adressai aux personnes de l’administration pour demander comment je pourrais aider ces enfants. On me répondit qu’ils n’avaient aucun recours puisqu’il fallait qu’ils soient pris en charge par des parents ou des proches, ce qu’aucun adulte du camp ne voulait s’imposer alors qu’ils devaient vivre avec leurs propres difficultés. 

Pour devenir leur « parent », je demandai les papiers nécessaires et avec chacun des enfants, je pris les informations nécessaires pour les « adopter ». Oui, les 60. Les ayant regroupé, je pu réserver trois tentes pour les y installer. Et, dans mon temps « libre », je me mis à passer du temps avec eux, tâchant d’apprendre chacun de leur nom et un peu de l’histoire qui les avait conduits à ce camp. Les premières « récompenses » vinrent alors que parfois ils étaient à jouer comme tous les enfants du monde et, voyant des gestes positifs de leur part, je les appelais par leur nom. Une fois, un jeune d’une dizaine d’années venait de sauter pour attraper un ballon quand je criai son nom pour l’encourager. Il laissa le ballon tomber et courut jusqu’à moi en pleurant, me disant que c’était la première fois de sa vie que quelqu’un l’appelait « par son nom »!  

Les années ont passé. Ils sont devenus adultes et ont fait leur vie hors du camp de réfugiés. Quelques-uns ont dû s’exiler pour survivre. Je suis maintenant « grand-maman » pour un nombre inconnu d’enfants. Mais il y en a que je continue d’aider de mes conseils par internet et même financièrement, grâce aux possibilités de notre budget.

Entre autres, le plus jeune, celui qui n’avait que cinq ans quand je l’ai trouvé, est maintenant rendu en Suède, ayant dû s’exiler parce que trop dérangeant dans son engagement dans des œuvres de justice sociale. Il est marié à une éthiopienne et ils ont deux petites filles de 3 et 1 an. Il vient même d’obtenir un emploi rémunéré dans le Ministère du développement international de la Suède. Comme quoi de petits gestes ponctuels que nous posons peuvent parfois avoir un impact à vie pour des enfants autrefois réfugiés. 

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