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6E DIMANCHE DE PÂQUES

Être disciple du Christ, c'est aimer
Père Marcel Domergue, sj

6e dimanche de Pâques. Jésus donne un nouveau commandement, unique, qui résume tous les dix commandements : aimer. Mais pas n'importe comment ! : Un commentaire du P. Marcel Domergue, jésuite.

Au moment où Jésus va se séparer de ses disciples, il leur laisse en quelque sorte son testament, un résumé de tout ce qu'il leur a transmis en paroles et en actes. Or, et cela peut nous surprendre, le dernier mot de son héritage, de son « testament », est une consigne, un « commandement ». Il en résulte que l'aboutissement de notre adhésion au Christ, et la figure que la foi chrétienne doit présenter au monde, est une éthique, c'est-à-dire, si l'on veut, une manière de se comporter. Notre texte dit « commandement », d'abord au pluriel, puis au singulier. Ce commandement, qui récapitule toutes les consignes données par Jésus, est de nous aimer les uns les autres.

Question : l'amour peut-il se commander ? Pourquoi Jésus utilise-t-il ce mot ? Sans doute pour nous faire comprendre que toute la Loi est désormais dépassée par ce qui était secrètement son âme. Du coup les commandements négatifs du Décalogue traversent une sorte de mue pour prendre la forme du commandement positif, et unique, d'aimer. Comme le dit Jésus en Jean 13,34, ce commandement est « nouveau » et le mot lui-même prend un nouveau sens. De toute façon, l'amour dont il s'agit n'est pas un sentiment que l'on éprouve ou non, mais une attitude que l'on choisit, un acte de liberté. C'est dans un second temps que le sentiment peut s'y ajouter. Concluons que les chrétiens se reconnaissent à l'amour dont ils font preuve. Nous sommes souvent loin du compte.

La source de notre amour

Les conduites selon l'amour sont en quelque sorte un résultat, la part extérieure et visible d'une réalité qui nous habite, cette sève dont il était question dimanche dernier : l'Esprit, qui est en nous présence du Père et du Fils, donc de la relation de don et d'accueil qui fonde tout ce qui vit. Et si, par l'amour, Dieu demeure en nous, nous demeurons en lui dans la mesure où nous entérinons cet amour qui nous habite. Rien de cela ne se passe sans notre liberté, par laquelle nous sommes images de Dieu. Le verbe « demeurer » revient trois fois dans ce passage d'évangile : il s'agit de faire notre demeure dans l'amour dont nous sommes aimés. Il s'agit de ne pas sortir de cet amour, car en dehors de lui il n'y a que le néant. Ce qui le fait naître en nous et y demeurer, c'est la foi. Quelle foi ? La foi en cet amour qui nous fait être. Notre amour en effet est toujours second : il est réponse, car Dieu aime le premier. Ainsi, les disciples du Christ sont reconnaissables à l'amour qu'ils portent aux autres. Pas aux "exercices de piété", ni à la finesse éventuelle de leur vie spirituelle, ni même à la pratique de subtiles vertus, bien que tout cela puisse servir à l'entretien de la foi initiale en l'amour initial. Le commerce d'amour avec les autres se fonde sur un commerce avec Dieu, ce qui signifie que nous avons à maintenir le contact avec celui qui veut que nous soyons. Nous avons à entendre sans cesse ce « Je veux que tu sois, que tu sois toi » qui est une expression majeure de l'Amour et qui justifie notre existence et notre joie de vivre.

"Comme je vous ai aimés" ?

Le mot amour est plus qu'ambigu. C'est bien pourquoi le Christ nous demande de nous aimer non pas n'importe comment, mais comme lui-même nous a aimés. Et, pour que nous ne confondions pas cet amour avec quelque sentiment chaleureux, il précise : cet amour consiste à donner sa vie pour ceux que l'on aime. Bien sûr, nous ne serons pas tous crucifiés, ni abattus comme les moines de Tibhirine. Nous ne serons pas tous appelés à donner notre vie à Dieu, pour les autres, dans quelque ordre religieux. Mais il y a d'autres manières, beaucoup plus courantes, de donner notre vie en renonçant à nos idées, à certains projets, à nos exigences. Des exemples ? Voici un couple : grand est le danger, pour l'un ou l'autre, de vouloir à tout prix que son conjoint se conforme à l'idée qu'il s'est faite de sa manière de vivre, de penser, de s'occuper. Renoncer à cette image pour que l'autre reste ou devienne lui-même, c'est accepter de se « perdre » soi-même. Vis-à-vis des enfants, même exigence. N'oublions pas que le « Je veux que tu sois » se prolonge par un « Je veux que tu sois toi ». Aimer quelqu'un comme le Christ nous aime consiste souvent à l'aider à se libérer de nous. Mort à soi-même, et parfois souffrance à traverser, mais dans la foi, une foi qui engendre la joie. Alors, peut-être, quelqu'un nous demandera raison de l'espérance qui est en nous. Avec douceur et respect, nous pourrons alors lui parler de l'amour dont nous sommes aimés (1 Pierre 3,15-16).

source: CROIRE

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