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Une épopée : Atikameg, au nord de l’Alberta, 1948

Une épopée :
Atikameg, au nord de l’Alberta, 1948

Bravo ! Enfin, la bonne nouvelle est entrée ! «Venez, la construction de l’école à Atikameg est terminée (du moins suffisamment pour être habitée). Imaginez les émotions ressenties par Rena Dufour de Sturgeon Falls et Margaret Suntgens de Red Deer lorsqu’elles apprirent (enfin !) qu’elles étaient les heureuses élues. Tout s’est alors mis en route. Une activité débordante !

Les élèves de 2e année auxquels Magaret  enseigne depuis septembre sont rapidement confiés à Sr Marie-Cyrille. Celle-ci avait déjà les élèves de 1ère année. Cela lui ferait une classe d’environ 40 élèves.

Le jour du départ est fixé au 22 novembre 1948. Ce matin-là nous nous sommes levées à 2 heures  du matin. Avions-nous seulement dormi ? Le prêtre de Red Deer, Father McNabb, célébra l’eucharistie à 4 heures. Toutes les Sœurs y sont. Puis comme le Père avait offert de nous conduire à Edmonton, il s’empresse de mettre dans la voiture ce qui y manquait. Finalement cette voiture est pleine comme une boîte de «sardines» - tellement pleine que rien ne pourrait être ajouté !

Arrivées à Edmonton, nous avons failli manquer notre autobus qui quittait à 8 heures. Oh ! lala ! Nous pensions à tout notre bagage. Mais patiemment le chauffeur nous aide à monter à bord avec tout le bagage ! Merveilleux !

Commence un voyage de 8 heures vers Enilda. Où sommes-nous rendues ? On avait demandé à un Frère Oblat de Grouard de venir à notre rencontre avec un grand camion parce qu’une bonne partie de notre bagage avait déjà été remisé dans un entrepôt à Enilda, plusieurs semaines avant. Les Sœurs de la Providence de Grouard nous accueillent bien chaleureusement. Il avait été entendu que nous coucherions chez elles. Un message est rapidement envoyé à Mgr Routhier à McLennan. Dans la soirée, il s’est empressé de venir saluer les nouvelles venues. N’avait-il pas beaucoup investi pour obtenir des Filles de la Sagesse ? Sr Thérèse de St-Antoine est avec nous, complétant la couronne qui entoure l’Évêque.

Le matin suivant, au réveil des enfants, nous faisons le tour de leur résidence. C’était le jour où ils étrennaient leurs mocassins, alors une joie et une fierté exubérantes éclairait leurs petits minois brunâtres.

Tôt le matin suivant, le camion de transport est chargé de matelas, de lits à ressorts, d’une machine à laver, de valises, de sacs de 100 livres de farine et de gruau, de couvertures etc., et même de quatre hommes autochtones qui faisaient «du pouce» ! Et bien sûr, des aliments pour le voyage de 40 milles que nous entreprenons et qui prendra la journée entière. La seule fenêtre dans ce camion est d’environ 5 pouces par dix pouces. Nous, les deux jeunes Sœurs regardons à tour de rôle à l’extérieur pour vérifier ce qu’il y a à voir ! LA FORÊT SEULEMENT ! La forêt tout le long du chemin. Le prêtre et le Frère dans la cabine doivent conduire sur une route peuplée de troncs d’arbres, remplie de bosses et de trous gelés. Sans pouvoir rien y faire, à chaque soubresaut, nous, et tout le contenu de la boîte du camion, sommes balancés avec un bruit sourd, d’un mur à l’autre du camion, dans l’obscurité.

Oh oui, nous sommes arrêtés pour prendre une bouchée. Cela nous prendra la journée entière pour faire les 40 milles du voyage, nous dit-on… Pense-t-on à nous encourager ou nous stimuler ? «Est-ce possible ? Est-ce vrai ou s’ils blaguent ?», nous disons-nous. À midi, nous nous interrogeons de nouveau. À une heure, à deux heures, à trois heures… Et voilà que nous faisons une halte dans une petite éclaircie de la forêt. La porte arrière du camion est descendue comme une passerelle. Dans l’espace de quelques minutes, un feu de camp pétille et voilà que par magie, s’ouvrent une série de boîtes de fèves au lard dans une poêle à frire. Les Sœurs de la Providence avait fourni le pain. Comme est bienvenu ce repas ! En quelques moments furtifs, nous avons pu nous échapper pour des «affaires privées» dans le bois – nous avions encore des heures de route à parcourir et celle qui venait était la plus accidentée. Nous nous demandons si le camion y conserverait tous ses morceaux. Nous entendons grincements et soubresauts pendant que le moteur ronfle de plus bel.

Des heures plus tard, le camion s’immobilise à la pointe du lac. Que se passe-t-il ? Sommes-nous en panne ? Non c’est simplement pour nous permettre de nous dégourdir ! « Regardez l’autre côté du lac, c’est là la mission !» Mais voilà, c’est l’obscurité totale, alors comment pourrions-nous voir quelque chose ? Cependant de cela nous déduisons que nous serons arrivés dans quelques minutes ! Nous regardons nos montres en comptant les minutes. Mais non ! Ce ne fut pas des minutes mais des heures encore parce que la route devenait plus impraticable. Donc, encore plus d’heures à tressauter et cahoter !

Un autre arrêt et une courte marche arrière. La passerelle est descendue sur les marches de l’école. «NOUS Y SOMMES», cria le Père Tessier. C’est comme si ne n’avions plus de jambes et que nous devions nous rouler à l’extérieur !
Le Frère Dugas nous accueille à la porte. Le Père Elfège Fillion pompe frénétiquement la lampe à gaz et l’allume. Cette lampe n’était allumée que dans des occasions spéciales. Puis il s’élance à la course pour annoncer la nouvelle au Père Floc’h. (pas de téléphone, bien sûr) Les deux revinrent à la course. Je suis certaine qu’ils ont grimpé les marches deux à deux en plus !

Le Père Floc’h se tient immobile dans le coin de l’armoire de cuisine. Des larmes coulent dans sa barbe blanche. Un long silence… des moments chargés d’émotions avant qu’il puisse parler. Ses premiers mots : « C’est depuis 1936, que je vous attendais !» Et à ce moment-là, tout le monde a pleuré.

Les Frères remplirent le poêle à bois, ouvrirent des boîtes de fèves au lard et en peu de temps le souper fut prêt. La vaisselle fut vite faite. La table n’avait jamais été témoin que neuf personnes l’aient entourée. Comme chaises nous avions de vieilles caisses en bois, des bancs de bois rudes et quelques chaises aux dossiers brisés. Rena et Margaret ont dû partager la même assiette et la même tasse
.

Rien n’importait maintenant !
NOUS ÉTIONS CHEZ-NOUS ! Le 23 novembre 1943, à 6h30 p.m.

Texte de Margaret Suntjens, dw -  traduction de l'anglais

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